Le jour où la statue équestre de Jeanne d’Arc (place du Martroi, Orléans) aurait pu tourner le dos à l’Angleterre !

Vue générale depuis l'ouest de la statue de Jeanne d’Arc par Denis Foyatier © Région Centre-Val de Loire, Inventaire général, Thierry CantalupoOutre l’observation directe sur le terrain indispensable à la conduite d’une opération d’inventaire du patrimoine, le travail en archives constitue une étape complémentaire incontournable. Il nous permet de mieux comprendre certains phénomènes constatés in situ et peut également nous conduire à (re)découvrir des anecdotes, comme c’est le cas avec l’étude en cours sur le patrimoine reconstruit du Val de Loire (découvrez les dossiers sur la reconstruction de Tours et Blois en ligne).

Celle-ci se concentre actuellement sur Orléans où 17 hectares du centre-ville ont été détruits suite à un bombardement allemand intervenu dans la nuit du 15 au 16 juin 1940 et, surtout, à l’incendie qui a suivi et fait rage pendant une dizaine de jours. Les dommages causés sont très importants. De nombreux lieux emblématiques du centre d’Orléans sont touchés : maison Jeanne d’Arc, hôtel Euverte-Hatte (actuel centre Charles Péguy), hôtel Cabu, mais aussi la place du Martroi, détruite sur ses côtés nord-ouest, ouest et sud.

Très vite, l’administration se mobilise pour penser la reconstruction en se fondant sur les lois votées après la Première Guerre mondiale (lois Cornudet de 1919 et 1924). Le préfet, Jacques Morane, déclare Orléans comme ville sinistrée par l’arrêté dès le 26 juillet 1940. Dans les mois suivants, Jean Royer (architecte et urbaniste) et Jean Lehuérou-Kérisel (ingénieur des Ponts et Chaussées et directeur des travaux municipaux d’Orléans) rédigent un plan de reconstruction et d’aménagement pour les quartiers centraux d’Orléans. Celui-ci prévoit de rebâtir en prenant en compte les évolutions à venir de la ville : place de l’automobile, logements intégrant le confort moderne, nécessité d’aérer la ville en créant une nouvelle place (future place de Gaulle)…

C’est dans l’une des versions de ce plan de reconstruction de 1940 qu’on trouve la mention d’un projet qui ne verra finalement jamais le jour. Dans ce document conservé aux Archives municipales d’Orléans (Série O : 7678. Plan de Reconstruction et d’aménagement. Mémoire d’ensemble - version intermédiaire. Octobre 1940), Royer et Lehuérou-Kérisel prévoient le redressement de la rue d’Illiers (celle-ci débouchait avant-guerre à l’angle sud-ouest de la place, d’où part également la rue de la Hallebarde) pour la faire aboutir sur le côté ouest de la place. Ils souhaitent toutefois conserver à la place du Martroi « son caractère de place fermée ». Pour ce faire, il est envisagé « d’aménager ce débouché en porte, qui pourrait être la porte de Saint-Malo, pendant de la porte St-Vincent où aboutit la RN 155 à St-Malo (…), l’ensemble formant réplique à la face Sud où les architectures accusées de la Chambre de Commerce et de la Chancellerie marquent nettement l’axe prépondérant Nord-Sud de la rue Royale ».
Projet de reconstruction de la place du Martroi avec la porte de Saint-Malo à l’ouest par Robert Pommier, 1941 (Revue « L’illustration », n°5124, 24 mai 1941)
Les rédacteurs constatent cependant un écueil à ce projet, car « en débouchant par cette nouvelle rue d’Illiers, on apercevra la partie postérieure de la statue de Jeanne d’Arc » (par Foyatier pour la sculpture en 1855 et Vital-Dubray pour les bas-reliefs en bronze, 1860-1861). Et s’« il est inévitable évidemment que Jeanne d’Arc tourne le dos à l’un des points cardinaux ; il paraît préférable toutefois qu’elle adopte cette attitude vis-à-vis du Nord, direction de l’Angleterre, et que son regard se porte vers le fort des Tourelles et vers sa maison ». Royer et Lehuérou-Kérisel proposent donc « d’orienter la statue dans l’axe de la rue Royale ».

Si le projet de porte de Saint-Malo apparaît bien dans la version finale du premier plan de reconstruction et d’aménagement d’Orléans validée par l’Etat en 1941, la mention sur la rotation de Jeanne d’Arc est, quant à elle, barrée dans le document mentionné plus haut. Enfin, le projet de porte de Saint-Malo ne verra pas non plus le jour. Il disparaît de la version suivante du plan de reconstruction et d’aménagement validée après la fin de la guerre. Finalement, l’orientation de l’œuvre de Foyatier ne sera pas modifiée. Elle sera simplement restaurée après avoir subi les bombardements de 1944.

Florence Cornilleau, chercheur au service Patrimoine et Inventaire de la Région Centre-Val de Loire

Légende des photos :
- Vue générale depuis l'ouest de la statue de Jeanne d’Arc par Denis Foyatier. François Lauginie, Région Centre-Val de Loire, Inventaire général.
- Projet de reconstruction de la place du Martroi avec la porte de Saint-Malo à l’ouest par Robert Pommier, 1941 (Revue « L’illustration », n°5124, 24 mai 1941)
 

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